Voilà, ça y est, la Grèce est en plein deuil national. Pas moins de quatre jours de deuil national ont été proclamés par le gouvernement lundi 28 janvier, depuis que l’annonce a été faite de la mort de l’archevêque Christodoulos, chef de l’Église orthodoxe de Grèce. Et c’est sans compter sur ce jeudi 31 qui a été décrété « jour férié » puisque les obsèques auront lieu ce jour là. Tout comme il convient de mentionner qu’il aura droit à des obsèques « dignes d’un chef d’État en fonctions ».
Alors, n’y aurait-il pas quelque chose qui vous gène ? Bien sûr, de telles manifestations de la part du gouvernement ! Tout le gouvernement, le premier ministre en tête, défile depuis aujourd’hui à la cathédrale d’Athènes pour « le dernier hommage ».
Et oui, la Grèce n’a toujours pas opéré la séparation de l’Église et de l’État… Alors jeudi, le pays va s’arrêter de vivre, plus rien ne va fonctionner… et tout le monde sera en congés !
Quand on sait que plus de 95% de la population est orthodoxe, qu’il représentait une des branches les moins ouvertes de l’orthodoxie et qu’il accusait l’Europe et la laïcité… la séparation de l’Église et de l’État ce n’est pas pour demain ici. Rappelons qu’en 2000, il fit descendre les popes, moines dans la rue pour manifester contre le vote de l’amendement qui supprimerait définitivement la mention de la religion sur la carte d’identité. Et oui, à l’aube du XXIe siècle, cela existait encore en Europe !
Récemment en septembre dernier, le ministère de l’éducation a retiré un nouveau manuel scolaire d’histoire, suite à des pressions exercées entre autre par l’Église… parce que le manuel n’était pas patriotique.
L’Église s’immisce dans de nombreuses affaires politiques et forte de sa représentativité, elle pèse fort dans les décisions. Ainsi aux dernières élections législatives du printemps, seul un petit parti politique avait placé en tête de son programme la séparation de l’Église et de l’État.
Autre exemple, une amie française qui vient d’avoir un bébé avec son compagnon (et non mari) grec, a mis plus d’un mois pour faire reconnaitre l’état civil du pitchoun. Il s’appelait officiellement « Masculin Tartanpion » à la naissance ; maintenant, il s’appelle enfin « Nikolas Tartanpionos » (les noms ont été changés !). C’est-à-dire qu’à la naissance, comme les parents n’étaient pas mariés, le père n’était pas reconnu. Comme en plus les enfants ont un prénom seulement au moment du baptème, il s’appelait « Masculin ». Bref un petit parcours du combattant pour ces jeunes parents non mariés, et qui avaient encore moins décidé de faire baptiser le bout d’chou!
Alors, je sais j’écris peu ou prou d’articles de la sorte. Et pourtant, j’aime énormément la Grèce, je connais le contexte et l’histoire du pays, mais c’est là mon éducation française dans des écoles laïques qui ressort (ah oui, ici le catéchisme est obligatoire 2h par semaine même dans les écoles publiques)… mais là… cela fait vraiment partie des rares points qui me font bondir…
Alors je sais, chacun sa culture, chacun son histoire… mais quand même, me diront certains ?
Alors la laïcité en Grèce, demeurera-t-elle un mythe et un concept ?
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