nostoi-200812-0911Juste avant de partir en vacances en décembre, j’ai profité d’une belle journée, un dimanche (le 7 décembre d’ailleurs, lendemain du début des émeutes) pour me rendre au nouveau Musée de l’Acropole (je vous en avais déjà parlé ici et ), situé sur la rue Makrigianni / Dionysou Aeropagitou. Le musée, œuvre de l’architecte new yorkais Bernard Tschumi, est achevé pour la partie du bâtiment depuis la fin de l’été 2007, mais il reste encore à aménager l’ensemble des salles d’exposition. Le Ministère de la Culture a annoncé en septembre dernier que le nouveau Musée de l’Acropole ouvrirait vraisemblablement au printemps 2009, c’est-à-dire dans trois à cinq mois.

Sera-t-il prêt avant le rush des touristes estivaux ? Plusieurs doutes subsistent dans la communauté scientifique, mais j’aimerai y croire car j’aimerais voir les collections de l’Acropole dans leur nouvel écrin avant de quitter Athènes.

Mais comme, le hall est ouvert au public le matin et qu’un espace destiné à des expositions temporaires, accueillaient depuis mi-septembre, jusqu’au 7 janvier dernier, l’exposition « Nostoi » sur les restitutions faites par de grands musées américains (Getty, Metropolitan de New-York) et européens à l’Italie. En effet, la police italienne possède un département de carabiniers spécialisés dans le trafic d’antiquités et ils ont réussi à prouver que plus d’une centaine d’objets exposés dans les plus grands musées avaient été exportés illégalement d’Italie, pays qui comme la Grèce, possède une législation sévère quant à l’exportation d’antiquité et sa restriction. D’ailleurs, la Grèce possède une loi interdisant l’exportation d’antiquités depuis 1827, confirmée par une loi archéologique en 1834. Donc, cette exposition permet de faire déjà vivre le nouveau musée en proposant d’accueillir cette exposition, avant le retour des oeuvres en Italie. La Grèce en a d’ailleurs profité pour présenter plusieurs restitutions faites ces dernières années, notamment par le Getty Museum.

nostoi-200812-0241De nombreux vases, en grande partie, sont exposés, dont le célèbre cratère en calice du peintre Euphronios (le peintre), dit cratère d’Antée où le géant en question est tué par le héros Héraclès. Ancienne pièce maitresse du Metropolitan Museum de New York (le Met et non « les Mets » !!), ce chef d’œuvre du Ve siècle avant J.-C. retrouvera les collections italiennes d’ici peu. Car bien que ce soit une production athénienne, le cratère a été mis au jour illégalement dans une tombe de la nécropole de Cerveteri, où de nombreux vases athéniens et grecs furent retrouvés, témoignant des échanges commerciaux et artisanaux entre la Grèce et l’Italie antiques, sans oublier que cette région n’était guère éloignée d’anciennes colonies grecques.

nostoi-11

L’exposition regorgeait de vases les uns plus sublimes que les autres, mais également de quelques objets relativement rares pour être signalés, comme ce « plat » en marbre, peint aux motifs de néréides aux couleurs parfaitement conservées. Comme quoi, la polychromie était belle et bien présente !! ;)

nostoi-200812-0462

nostoi-200812-0581

L’exposition était superbe et rien que pour avoir vu ce cratère d’Euphronios, dont j’avais maintes et maintes fois entendu parler durant mes cours d’art grec, elle valait le détour. Celle-ci s’est donc achevée la semaine dernière, laissant de nouveau, un musée en plein chantier. Car côté salles d’exposition permanente, c’était encore vraiment dans cet état. De nombreuses sculptures sont encore en caisse ou sous un voile blanc, suggérant une colonie de fantômes dans cette forêt de colonnes, voulue pour l’installation des sculptures archaïques (VIIe-début Ve siècle av.J.-C.) découvertes sur l’Acropole, dont la série des fameuses korai.

nostoi-200812-0101

Quant aux cariatides de l’Érechthéion, elles trônent à l’étage et surplombent l’entrée des visiteurs, toujours aussi majestueuses. Quant aux marbres du Parthénon, reviendront-ils dans ce musée qui a été conçu presque sur mesure pour eux ? Encore une longue polémique, que des dizaines de Ministre de la Culture, qu’ils soient de gauche ou de droite, tenteront de résoudre. Comme quoi, l’archéologie en Grèce représente quelque chose de vicéral, parfois inexplicable pour nous étrangers ? Mais, cela n’est qu’une question de culture et d’histoire nationale. À Athènes ou à Londres, où doivent-ils aller ? Les causes sont entendues de chaque côté de l’Europe. Mais qui sait ce que l’avenir et l’Histoire peut encore nous réserver ? Il est bien évident, en tout cas, que cette exposition fut un message « fort » adressé au gouvernement britannique dans le long et lourd dossier que représente la restitution des marbres du Parthénon.

Il n’empêche que même sans ces marbres, en attendant, ce musée promet de grandes et belles réalisations en matière de muséologie. J’ai hâte de pouvoir découvrir tout cela !

nostoi-200812-0071